Définitions

Bien que le concept du témoignage réfère généralement à des propos à la première personne, il n'y a pas d'unanimité quant à sa définition et il peut être vu et compris de différentes manières (p. ex. récit direct ou indirect; conversation intersubjective; acte militant; entrevue de recherche; création artistique, etc.). De plus, le témoignage n'existe pas tout seul. Il s'agit d'une prise de parole personnelle qui engage très souvent la communication d'une expérience commune et partagée par une communauté, vivante ou disparue.

Le concept de « cultures du témoignage »

Si on attribue généralement une origine spontanée au fait de témoigner, le témoignage public ou médiatisé (de son statut sérologique, de son orientation sexuelle, son expérience de travail du sexe, etc.) revêt d'une dimension sociale qui est plus ou moins construite ou préfabriquée. Il s'inscrit dans une dynamique d'interactions entre divers acteurs au-delà de la personne qui témoigne. Le témoignage fait aussi appel à des savoirs, à des appareils médiatiques et à des symboles multiples. Voilà pourquoi, il est possible de parler de l'existence de « cultures du témoignage. »
Le sociologue Kenneth Plummer a décrit les liens entre la culture dominante d'une société et les sous-cultures associées au récit personnel et intime. Ces liens seraient dynamiques et traversés par des rapports de pouvoir complexes (exclusion, solidarité, démocratie, etc.).

Pour comprendre les cultures du témoignage chez les personnes appartenant à des groupes minorisés en raison de leurs expériences ou de leurs identités sexuelles ou de genre, il faut tenir compte des interactions sociales entre quatre acteurs clés :

  • La personne qui témoigne
  • Les accompagnateurs sociaux ou coproducteurs qui sollicitent ou encadrent son témoignage
  • Les publics qui reçoivent le témoignage
  • Les environnements et contextes médiatique, technologique et sociétal.

La notion de « communautés sexuelles et de genres »

Il n'y a pas d'expression pour réunir les auteur.e.s de récits personnels ou de témoignages portant sur la sexualité, l'expression de genre, l'identité sexuelle ou de genre, le travail du sexe, la non-monogamie, les trans identités, le vécu avec le VIH ou le développement du corps sexué. Pourtant, les auteurs.e.s de ces histoires ont plusieurs enjeux en commun :

  • Illes sont soucieux de la diversité et de l'inclusion.
  • Illes ont fait l'expérience de la criminalisation et du contrôle social ou y sont vulnérables.
  • Illes abordent des sujets tabous aux yeux de l'opinion publique, mais qui attirent l'attention.
  • Illes mettent en jeu leur vie privée ou leur réputation.
  • Illes ont vécu la stigmatisation et des violences, notamment la violence des normes de genre.

Rassembler les groupes sociaux marginalisés par les normes de sexe et de genre ne veut pas dire que les communautés sexuelles et de genres s'appuient sur une seule identité ni sur les mêmes expériences. Il ne faut pas gommer les différences et les spécificités des expériences communautaires et de ces postures militantes. Les groupes sociaux ne sont pas mutuellement exclusifs.

Par ailleurs, le langage de la communauté nous permet de mettre en lumière ce que ces personnes ont en commun : la volonté d'exposer l'opprobre, la non-reconnaissance et les violences qu'elles vivent de la part des institutions médicales, juridiques, policières et culturelles. Elles veulent être entendues, reconnues et pouvoir exister dans la société.

 

Image : Marie-Ève Gauvin